Introduction
Impact des tarifs sur les constructeurs automobiles japonais
Les constructeurs automobiles japonais, qui ont longtemps misé sur l'attrait "fiable et abordable" de leurs voitures économiques pour stimuler leurs ventes aux États-Unis, sont désormais confrontés à un changement majeur de modèle économique suite à l'annonce des tarifs douaniers. Le président américain, Donald Trump, a en effet annoncé des tarifs de 25% sur les importations automobiles, devant entrer en vigueur le 3 avril.
Contexte
Selon des experts de l'industrie, bien que les conséquences à long terme restent floues, Nissan, Honda et d'autres constructeurs pourraient être contraints d'augmenter les prix de leurs véhicules, y compris pour les modèles économiques visant les acheteurs les plus sensibles au prix. C'est un véritable casse-tête, notamment pour Nissan, qui dépend à la fois du marché américain et de la production mexicaine.
L'année dernière, les principaux constructeurs japonais ont exporté près de 880 000 véhicules vers les États-Unis depuis le Mexique. Le pick-up Tacoma de Toyota a été le modèle le plus exporté, tandis que Nissan a représenté la plus grande part de tous les constructeurs, avec plus d'un tiers, soit 327 000 véhicules. Le Sentra a été le modèle le plus exporté par Nissan, avec 180 000 berlines compactes traversant la frontière, à un prix de départ de 21 590 $.
Développements
Selon Koji Endo, responsable de la recherche sur les actions chez SBI Securities, la raison pour laquelle les voitures sont fabriquées au Mexique est que les coûts y sont bas, ce qui permet aux constructeurs de produire des véhicules économiques. Dans un scénario, Goldman Sachs prévoit que les hausses de prix liées aux tarifs pourraient faire chuter les ventes et les bénéfices d'exploitation des constructeurs japonais pour l'année financière en cours. Mazda pourrait subir la plus forte baisse avec une réduction de 59% de ses bénéfices, suivie de Nissan avec une chute estimée à 56%. Toyota, le plus grand constructeur automobile mondial, devrait connaître un déclin de 6%, tandis que Honda subirait un impact de 8%.
C'est une mauvaise nouvelle pour Nissan, qui est déjà en difficulté aux États-Unis en raison d'une gamme vieillissante et du manque de modèles hybrides. Nissan a révisé à la baisse ses prévisions de bénéfices à trois reprises au cours de l'année financière écoulée et a vu sa dette être déclassée en "junk".
Le nouveau directeur général de Nissan, Ivan Espinosa, a promis de réduire considérablement le temps nécessaire pour développer de nouveaux véhicules. Les lenteurs de décision chez Nissan ont été l'une des raisons pour lesquelles ses discussions de fusion avec Honda en février ont échoué. Nissan a refusé de commenter ses projets concernant les tarifs.
Toyota, qui bénéficie d'une gamme diversifiée, a déclaré qu'elle comptait maintenir "les opérations actuelles pour le moment" en ce qui concerne les prix et les tarifs. Honda a aussi refusé de commenter directement l'annonce des tarifs de Trump, indiquant qu'elle envisagera de minimiser les approvisionnements transfrontaliers en Amérique du Nord, et qu'elle pourrait devoir restructurer son réseau de production si les États-Unis maintiennent les tarifs à long terme.
Conclusion
L'industrie automobile mondiale a aidé le Mexique à devenir le principal exportateur vers les États-Unis, avec des exportations de 476 milliards $ en 2023. La faiblesse du yen pourrait s'avérer être une grâce salvatrice pour les constructeurs automobiles, augmentant les bénéfices lorsque les revenus provenant de l'étranger sont rapatriés. Si le niveau actuel de 150 yens pour un dollar se maintient, les entreprises peuvent encore réaliser des bénéfices, même avec des tarifs de 25%.
Nissan a élaboré plusieurs scénarios qu'elle pourra utiliser une fois que les politiques tarifaires seront claires. Étant donné la situation financière de Nissan, elle pourrait être la première à agir.